Cette page explique d'où vient ce dispositif, quel problème il traite, pour qui il est construit, et ce qu'il ne fait pas. Elle est écrite pour être lue par un inspecteur des impôts, un chef de service, un agent des douanes ou des mines, un responsable de cellule prix de transfert, un bailleur, un parlementaire ou un chercheur — sans jargon inutile, et sans promesse au-delà de ce qui est réellement construit.
Un flux commercial est déclaré deux fois : une fois par le pays qui exporte, une fois par le pays qui importe. Pour le même minerai, la même année, les deux administrations devraient décrire la même chose. Ce n'est presque jamais le cas.
Ces écarts ne sont pas une curiosité statistique. Ils touchent directement l'assiette : un prix sous-facturé sort de la base imposable du pays producteur, au profit d'une entité située ailleurs dans la chaîne (trader, hub, société du même groupe). Le pays perd de la redevance minière, de l'impôt sur les sociétés, et parfois des droits de douane — sans qu'aucun agent n'ait nécessairement commis de faute.
Mais l'inverse est vrai aussi, et c'est ce qui rend le sujet difficile : un écart peut être parfaitement légitime. Il peut venir de la convention de valorisation douanière (FOB côté export, CIF côté import : le fret et l'assurance sont inclus d'un côté seulement), du calendrier (une cargaison peut être enregistrée sur deux années civiles différentes), d'un transit ou d'une réexportation via un hub (Émirats, Singapour, Suisse), d'un changement de classification douanière (un code HS peut changer en cours de route), ou encore de la teneur/qualité réelle du minerai. Présenter un écart brut comme une fraude, c'est se tromper — et perdre sa crédibilité au premier contrôle.
La technique s'appelle « miroir statistique » (mirror trade) : comparer les statistiques déclarées par un pays exportateur avec celles déclarées par le pays partenaire importateur, pour le même flux — même produit (code HS), même sens, même année. L'idée est ancienne (elle remonte aux travaux du FMI des années 1980) et elle a été formalisée pour estimer les flux financiers illicites liés au commerce par le cadre statistique commun UNCTAD/UNODC (validé par la Commission de statistique des Nations Unies en 2022), rattaché à l'indicateur ODD 16.4.1.
Elle est utilisée de longue date par Global Financial Integrity (GFI) — l'organisation de référence sur la mesure du trade misinvoicing — et par l'ATAF (Forum des administrations fiscales africaines) pour un premier tri avant investigation approfondie. Sa force : elle inverse la charge de la preuve (« vous avez déclaré X, votre client a déclaré Y : expliquez l'écart »). Sa faiblesse : elle produit des écarts bruts, sans nom d'entreprise, sans qualité, sans incoterm — donc des milliers de lignes dont il faut tirer quelques dizaines de dossiers.
| Ce que la méthode donne | Ce qu'elle ne donne pas |
|---|---|
| Un écart chiffré, reproductible, opposable, par couple de pays et par produit | Le nom de l'exportateur ou de l'acheteur réel |
| Un signal comparable d'une année à l'autre, et cohérent entre partenaires | La teneur, l'incoterm, la qualité, les conditions du contrat |
| Une base de dialogue avec l'administration partenaire | La qualification juridique de l'écart (fraude, erreur, légitimité) |
C'est le cœur du sujet : si l'outil existe, c'est d'abord parce que les contraintes sont réelles, structurelles et documentées. Elles ne relèvent pas de la compétence des agents, mais de l'équation moyens / complexité / délais.
Ces questions reviennent dans chaque dossier extractif. Un outil utile est un outil qui les met noir sur blanc dès le départ, puis dit comment les trancher.
| Question | Pourquoi elle bloque | Ce qui la tranche |
|---|---|---|
| FOB ou CIF ? | Le fret et l'assurance sont inclus d'un côté seulement : l'écart « normal » peut atteindre 5 à 15 %. | La déclaration douanière (valeur en douane) et l'incoterm du contrat |
| Quelle année ? | Une cargaison peut être enregistrée sur deux exercices différents selon l'administration. | Dates de connaissement, de dédouanement, de facturation |
| Quel code HS ? | Un minerai peut changer de classification en cours de chaîne ; le code agrège des qualités différentes. | Nomenclature au départ et à l'arrivée, documents de classification |
| Y a-t-il eu transit / réexportation ? | Un passage par un hub est logistique, pas fiscal — mais il masque la destination réelle. | Connaissements, manifestes, documents du transitaire |
| Quelle teneur réelle ? | Un prix « bas » peut simplement refléter un minerai pauvre ou humide. | Certificat d'analyse (grade) + rapport de pesée |
| Prix contractuel ou prix de marché ? | Les contrats longs et prépayés s'écartent légitimement du spot. | Le contrat (formule de prix, durée) et ses avenants |
| Erreur ou sous-déclaration ? | Une unité mal saisie (kg vs tonnes) produit un faux signal spectaculaire. | Correction à la source, puis rejeu du signal |
| Méthode | En quoi ça consiste | Difficulté dans les minerais |
|---|---|---|
| CUP — prix comparable sur le marché | Comparer le prix pratiqué à un prix de marché identique | Il n'existe pas toujours de cotation pour un concentré donné : le prix dépend du grade, de l'humidité, des pénalités |
| TNMM — marge nette | Comparer la marge nette de l'entité à celle d'entreprises comparables | Les comparables africains extractifs sont rares et peu documentés |
| Prix de revente / coût majoré | Reconstruire le prix depuis l'aval ou depuis les coûts | Fonctionne mieux sur des fonctions simples (distribution, transformation de base) |
| Partage des bénéfices | Répartir le résultat du groupe selon les contributions | Très exigeant en données sur l'ensemble de la chaîne |
Le plan BEPS (Base Erosion and Profit Shifting, OCDE/G20, 2015) a produit 15 actions. Trois familles concernent directement un dossier minier :
Pilier 2 instaure un impôt minimum mondial (taux effectif de référence de 15 %) avec, en amont, un impôt complémentaire national qualifié (QDMTT) que les pays peuvent percevoir chez eux plutôt que de le laisser partir. Pour un pays producteur, c'est un enjeu direct : les projets miniers à faible taux effectif deviennent fiscalement sensibles — et la donnée de prix de transfert redevient centrale pour expliquer l'assiette. Pilier 1 (dont l'« Amount B » simplifié pour certaines activités de distribution de base) poursuit la même logique : rendre les règles applicables avec les moyens disponibles.
Le dispositif n'est pas conçu « pour le public » : il est conçu pour des métiers, avec pour chacun un usage précis et une limite.
| Qui | Ce que l'outil lui donne | Ce qu'il reste à faire (à lui) |
|---|---|---|
| Inspecteur des impôts | Une file d'audit hiérarchisée par score décomposé, l'evidence pack (donnée, calcul, hypothèse, limite, question), les signaux localisés par couple pays × partenaire × minerai | Décider, instruire, demander les pièces, conduire le contradictoire |
| Chef de service / direction | Des critères de priorisation opposables (pourquoi ce dossier plutôt qu'un autre), un suivi d'activité (dossiers ouverts / clôturés / écartés / établis) | Arbitrer les moyens, assumer les choix, dialoguer avec la tutelle et les bailleurs |
| Cellule prix de transfert | Le dossier de contexte avant l'entretien : pays d'opération, paiements déclarés, contrats du pays et clauses signalées, structure de groupe (GLEIF), prix de référence, questions à poser et procédure de résolution | Appliquer la méthode (CUP/TNMM), construire les comparables, rédiger la position |
| Douanes | Le rapprochement valeur export / valeur import, les statuts « non déclaré », les couples où le prix unitaire diverge, la question de l'incoterm et de la classification | Accéder à la ligne de déclaration, vérifier la valeur en douane, corriger |
| Mines / cadastre | La confrontation attendue entre volumes autorisés/produits et volumes exportés (aujourd'hui : à connecter) | Fournir licences, production, teneurs — la brique qui manque le plus |
| ATAF, CREDAF, pairs régionaux | Un démonstrateur réplicable et gratuit : méthode, code, données publiques, procédures prêtes, version bilingue | Adapter aux réalités nationales, mutualiser les procédures et la jurisprudence |
| Bailleurs et partenaires techniques | Un support concret de renforcement de capacités : diagnostics, ateliers, indicateurs, transfert de compétences | Financer la connexion des données institutionnelles (le vrai levier) |
| Parlementaires, société civile, journalistes | Un outil de lecture des flux à partir de données publiques, avec les limites affichées — pas un tribunal | Questionner les politiques publiques, demander la transparence contractuelle |
| Chercheurs | Une méthode réplicable, des sources citées avec licences, une doctrine explicite (signal ≠ preuve) | Critiquer, reproduire, améliorer — c'est prévu pour |
Tout repose sur des données publiques gratuites, collectées par des scripts tournant sur un serveur, transformées par un moteur de règles, puis rendues dans des pages autonomes.
| Étage | Contenu | Volume aujourd'hui |
|---|---|---|
| Collecte (scripts + cron) | UN Comtrade, Banque mondiale (Pink Sheet), ResourceContracts, ResourceProjects (NRGI), GLEIF LEI, Natural Earth, méthodologie de clauses | 7 collecteurs |
| Moteur (fiscal_engine.py) | 7 détecteurs explicables, score décomposé, bornes de plausibilité par minerai, graphe commun, registre de dossiers | 1 396 flux → 1 543 signaux |
| Référentiels | Pays, minerais (codes HS), entreprises et relations, contrats, paiements déclarés, prix de référence | 48 pays · 10 minerais · 28 entreprises / 10 relations · 907 contrats · 19 sociétés liées à 11 pays · 9 802 projets |
| Diffusion | 10 modules + 3 moteurs partagés (langue, résolution, navigation) + endpoints de données | 13 URLs, toutes libres et sans clé |
L'ordre des lots n'est pas anodin : chaque étape a rendu la suivante possible.
| Lot | Ce qui a été construit | Ce que ça a débloqué |
|---|---|---|
| v4.1 / v5.x | URL partageable, score de risque, thème clair/sombre, drapeaux, jauges, carte | Un outil qu'on ose montrer |
| S2c | Resynchronisation des données (1 396 lignes), libellés pays normalisés, statut « non déclaré », fiabilité honnête (n/a au lieu d'une fausse note) | Une base fiable |
| S3a | Price-gap dans la table : prix Afrique vs partenaire, ratio, export CSV | Le prix devient un angle d'attaque |
| G1 | fiscal_engine.py : 7 détecteurs, graphe commun, evidence pack | Le passage de la donnée au signal |
| G2 / G3 | GLEIF : entreprises et relations de propriété, registre société | La question « dans quel groupe ? » |
| G5 | Prix de référence Banque mondiale (167 signaux sous le marché) | L'écart devient mesurable contre un repère |
| Guides | Guide de l'inspecteur, cas à vigilance P1/P2/P3, dossier d'audit en 10 sections | Le signal devient une procédure |
| Automatisation | Audit de A à Z (12 étapes), kit multi-dossiers, puis PDF signé : référence unique + empreinte SHA-256 + bloc de signature | Le parcours devient traçable |
| Vue système | Fiscal Risk Graph : Sankey, réseau, carte animée, propriété, contrats, export PNG/PDF | Lire le système d'un coup d'œil |
| Enrichissements | ResourceProjects (paiements déclarés), liaisons entreprise ↔ pays ↔ flux | Le pont vers l'entreprise |
| Documentation | Bibliothèque documentaire (907 contrats + directives d'exploitation), « Comment ça marche » | Le dispositif s'explique seul |
| Fond de carte | Vraies frontières africaines (Natural Earth, domaine public, 51 pays, 16 Ko embarqués) | Un repère géographique réel, sans dépendance payante |
| Version anglaise | Moteur i18n partagé (1 000+ entrées), bouton FR | EN, contenu dynamique traduit | S'adresser aussi aux partenaires et bailleurs |
| Dossiers | Dossier « Entreprise », fiche société (contexte, couverture, « ce que ça ne dit pas ») | Passer du signal au dossier |
| A + B | Fiche société (indice de convergence à formule affichée) + cycle de vie du dossier + retour vers le moteur (états d'instruction) | Le chaînon manquant : l'instruction |
| Résolution | « Comment résoudre » : procédure, pièce décisive, test de clôture, issues, simulateur d'enjeu, courrier de demande, plan d'instruction | Le dossier devient exécutable |
| Navigation | Une barre unique pour les 10 outils (fin des en-têtes hétérogènes) | Une suite, pas une collection |
Le dispositif fonctionne déjà avec des données publiques. Mais cinq briques ne sont pas accessibles sans accord ou licence — et chacune changerait la nature du travail.
| Brique manquante | Ce qu'elle apporterait | Pourquoi elle est bloquée |
|---|---|---|
| Bénéficiaires effectifs (UBO) | Établir si l'acheteur appartient au même groupe : passer de la question à l'observation | OpenOwnership/BODS et registres nationaux : accès et qualité hétérogènes (EITI 2.5) |
| Licences et production | Confronter volumes autorisés / produits / exportés : détecter la surproduction ou l'export non expliqué | Cadastres miniers et registres EITI : accès officiel nécessaire |
| Douanes transactionnelles | La preuve : valeur en douane, incoterm, classification, contrepartie réelle, ligne à ligne | Donnée non publique — relève de l'administration |
| Transport maritime / AIS | Reconstituer la chaîne : port d'origine, hub, destination finale, volumes par navire | Sources payantes (Kpler, MarineTraffic) |
| Données fiscales et régimes miniers | Mesurer l'enjeu réel, calculer un taux effectif par pays (utile pour le Pilier 2), suivre les régimes dérogatoires | Secret fiscal — hors périmètre des données publiques |
Elles sont écrites ici pour être opposables à l'outil lui-même :
| Référence | Ce qu'on y trouve | Licence / statut |
|---|---|---|
| UN Comtrade (comtradeplus.un.org) | Statistiques de commerce déclarées par les pays (valeur, quantité, produit, partenaire, année) | CC BY 4.0 |
| UNCTAD / UNODC — cadre statistique des flux financiers illicites liés au commerce (2022), ODD 16.4.1 | La méthode officielle du commerce miroir et ses limites | Publication ONU |
| OCDE — Principes applicables en matière de prix de transfert ; BEPS Actions 8-10 ; Action 13 (documentation, CbCR) ; Pilier 1 / Pilier 2 | Le cadre juridique du prix de transfert, les obligations de documentation, l'impôt minimum mondial | Publications OCDE |
| IGF / OCDE — prix de transfert dans le secteur minier | Application concrète des méthodes aux minerais (teneur, comparables, redevances) | Publication IGF/OCDE |
| GFI (gfintegrity.org) | Méthodologie de mesure du trade misinvoicing, rapports annuels | Rapports publics |
| ATAF · CREDAF et pairs régionaux | Renforcement des capacités, échanges entre administrations, positions africaines | Publications institutionnelles |
| EITI — norme (dont exigence 4.3 sur le négoce et la propriété effective) | Transparence des paiements extractifs et des chaînes de propriété | Norme publique |
| Banque mondiale — Pink Sheet (Commodity Markets) | Prix de référence mensuels et annuels des matières premières | Ouvert |
| ResourceContracts.org | Contrats extractifs réels (texte intégral, métadonnées, pays, année) | CC |
| ResourceProjects.org (NRGI) | Paiements déclarés par projet / société / année (divulgation obligatoire) | Divulgation publique |
| GLEIF LEI | Identité des entités juridiques et relations de propriété déclarées | CC0 |
| Natural Earth | Frontières (fond de carte de la vue géographique) | Domaine public |
Toute critique argumentée de cette page, de la méthode ou des données est bienvenue : le dispositif est construit pour être réexaminé — c'est sa condition d'utilité.
© 2026 N'DRI Research Lab · Document de travail, version française (l'ossature est bilingue).